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dimanche 7 février 2016
Skeuds: Funereal Presence - The archer takes aim
"Side project": nom masculin, mieux connu sous l'appellation "j'ai plein d'idées qui ne collent pas avec mon groupe alors je fais mon truc dans mon coin". C'est souvent masturbatoire et inutile, parfois très réfléchi et intéressant, voire passionnant. Et Funereal Presence appartient à cette deuxième catégorie.
L'artiste concerné ici est le sieur Bestial Devotion, batteur des new-yorkais Negative Plane de son état. Donc une personne de qualité puisque outre le fait qu'il emprunte son pseudo à un titre du deuxième album de Samael (ce qui en matière de métal noir est un gage ultime de bon goût), il officie au sein d'un des combos les plus fascinant que compte actuellement la scène. Pour resituer vite fait: Negative Plane joue un black metal très old school, bourré d'influences thrash et heavy de bon aloi (Celtic Frost et Mercyful Fate en tête), et ponctué d'expérimentations à base d'orgue d'église et de tubular bells qui donnent à la musique du combo un cachet baroque, sinistre et irréel. Bref un groupe qui a vite imposé sa personnalité et est devenu une référence dans l'underground, de façon pleinement méritée.
Ici donc, le batteur la joue perso et nous sort un album assez dense (seulement 4 titres pour 48 minutes!), qui sonne comme un voyage dans un monde obscur et désolé. The archer takes aim est tout d'abord une allégorie de la Mort, présentée ici l'arc à la main plutôt que la faux. C'est aussi une évocation des peurs ancestrales liées à l'ombre et l'inconnu. Des peurs exprimées dans des contes et légendes paysannes que Bestial Devotion a exhumés de ses origines allemandes. C'est le sens littéral de l'instrumentale Dämmerlicht qui ouvre la face B, mais c'est le sentiment qui parcourt tout l'album: l’inquiétude, la superstition, le sentiment d'un monde "autre" et menaçant en lien étroit avec le nôtre.
Musicalement les fans de Negative Plane seront en terrain connu. On retrouve la griffe du groupe avec ce son si particulier, old school, mais ici plus foncièrement black metal. On sent la grande influence de Darkthrone et de nombreux riffs renvoient directement au classique A blaze in the northern sky. Le premier titre, The tower falls, en est le meilleur exemple. Difficile de résister à ces retours en boucle de riffs percutants qui montent lentement en intensité. A cette base très froide et assez agressive s'ajoute des curiosités qui ponctuent les quatre longs titres: retour des tubular bells et de l'orgue pour un rendu onirique, plans de guitare jazzy et voix incantatoires. Tout n'est pas expérimenté de façon aussi radicale que chez Negative Plane, on sent même une volonté de faire un projet plus classique, mais cela donne quand même une personnalité très forte à l'ensemble. Un ensemble qui concilie admirablement les fondamentaux du genre tout en leur insufflant un supplément d'âme et de prise de risque pour revitaliser un style musical qui sent tout de même souvent le conformisme façon "chacun copie son voisin".
Copier Funereal Presence sera sûrement aussi compliqué que copier son groupe-mère (d'ailleurs pour l'instant personne ne s'y est encore risqué à ma connaissance). Marque distinctive d'une personnalité forte, que l'on ressent à chaque seconde de ce Archer takes aim qui tient toutes ses promesses. Un album envoûtant, inquiétant, qui évoque les ombres d'un monde "autre", aux frontières du notre. Une marche dans un crépuscule sans fin, qui renouvelle impeccablement l'essence du genre.
Distribution: Ajna Offensive et Sepulchral Voice Records, évidemment...
Du son: https://funerealpresence.bandcamp.com/releases
dimanche 15 avril 2012
Spite Extreme Wing - Ultra
Il y a des groupes qui ne font pas les choses comme les
autres, et ils sont assez rares. Ceux qui ne se tiennent pas aux conventions et
figures imposées du genre, qui ne suivent pas le mouvement mais leur propre
voie. Spite Extreme Wing en sont.
Ces italiens sévissent depuis
1999, avec maintenant trois albums au compteur. C'est au dernier en date que je
m'attache aujourd'hui. Vltra est sont petit nom, petit par le lettrage
mais grand par ce qu'il implique. Mais d'abord un peu de latin:
"ultra" dans la langue de Cicéron veut dire "au delà",
"outre". Plus qu'un nom ici c'est un projet, celui de briser quelques
barrières. Et ils vont le faire magnifiquement. D'ailleurs puisque l'on parle
de Cicéron il est de la partie, cité par le groupe dans cette œuvre "où
il est montré que toutes les choses humaines ne sont qu'un rêve".
Voilà, le décors est installé. Rêve, illusion, introspection, voyage. Ce sera
la substance de ce Vltra.
Si votre came c'est le black
metal nordique, froid et minimaliste, ou le gros brutal qui tâche, ou
l'orthodoxe-avec-samples-de-chœurs-qu'on-sait-pas-ce-que-c'est-mais-ça-fait-religieux,
passez. Ou plutôt non, venez justement, mais en laissant vos idées préconçues
au vestiaire. Spite Extreme Wing nous sert ici un black metal rapide et curieusement
atmosphérique, progressif même, proche dans le son et l'ambiance d'un Seth période Les
blessures de l'âme par exemple, mais avec une approche sonore particulière.
Déjà les claviers sont remplacés par un multi effets analogique Roland Space
Echo et guitare et basse sont branchées sur de la valeur sûre de chez Orange.
Le vintage au service du futurisme, comme un symbole (je vais y revenir). Les
compos sont souvent relativement
longues, variées, très chargées en mélodies aux accents folkloriques, et tous
les textes sont chantés en italien. Une sacrée mixture qui prend très bien,
grâce à un vrai travail de composition et d'organisation qui donne toute sa
cohérence à l'ensemble. Les titres s'enchaînent pour former une suite de
paysages, un panorama. Un vrai voyage.
C'est très fin, très travaillé,
sans jamais sonner surfait ou trop produit. L'alchimie est réussi entre gros
travail cérébral pour concevoir le tout et maintient d'une certaine
spontanéité. C'est d'autant plus louable qu'au niveau des textes et de la
réflexion apportée, ça vole assez haut. Pas de satânerie de base ni de délires
identitaires/retrogrades comme hélas trop souvent dans le genre. Les italiens
proposent à la place une réflexion à eux sur la place de l'esprit humain dans
le temps et son rapport au monde. "Les choses humaines ne sont qu'un
rêve" nous dit-on en préambule. Scipion, Ulysse, Mercure, archétypes
des voyageurs et décideurs, invoqués au fil du texte pour peupler ce tableau
des passions, des errements humains, des idoles qui tombent et d'autres qui
s'élèvent. Avec constamment comme une invocation à vivre, c'est à dire à se
surpasser soi même, au sens nietzschéen. Un pied dans le passé, les yeux vers
le futur, c'est la place de Spite Extreme Wing. Entre évocation du passé et de
l'héritage italien, emprunts littéraires à Rome et graphiques au symbolisme
(pochette reprise du peintre russe Konstantin Juon), Spite Extreme Wing plante
son drapeau, celui d'antimodernes en lutte contre le monde courant, cherchant à
s'en échapper tout en en prenant part. Bref on sort largement des sentiers
mille fois battus du black metal, tout en y étant farouchement établis mais de
façon paradoxale, détournée. Adulte, si vous voulez.
Vltra est encore trouvable en vinyl chez le label: http://www.art-of-propaganda.de/
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