Il y a des groupes qui n’ont pas
eu une histoire conventionnelle. C’est le cas de Christian Death, qui aura
connu deux incarnations (principales) différentes. Après la séparation de la
formation d’origine dont n’est resté que le chanteur Rozz Williams, le groupe s’est
refondé grâce aux membres de Pompeï 99 dont le guitariste Valor Kand. Des fans
qui ont secouru leur groupe culte (bon, le label y était aussi pour quelque
chose dans la manœuvre, fallait sauver la vache à lait). Puis Rozz a largué les
amarres en 1985 et Valor est resté seul maître à bord. C’est chaotique, à l’image
de ce ‘Insanus, ultio, proditio,
misericordiaque’ qui n’est pas un vrai album mais une
compilation/réenregistrement de chutes de studio. Mais souvent, et on en a ici
un bon exemple, c’est dans les pots cassés qu’on fait les choses les plus
originales et intéressantes.
‘Insanus…’ (je raccourci le titre: flemme) est donc un pot-pourri
de titres inachevés plus qu’un album à part entière, mais il tient toute sa place
dans la discographie du groupe. Sorti en 1990, il assemble des titres datant de
85 à 89. Titres disparates, hétérogènes, qui correctement retravaillés donnent un
collage gothique fascinant. « Sevanus rex » ouvre
l’album sous la forme d’une sorte d’opéra dévoyé d’un neo-classicisme glauque. Percussions
martelantes, rythmes menaçants et voix enfantine perturbante de Sevan Kand, fiston de
Valor mobilisé ici pour la cause, on embarque direct pour des terres méconnues
aux paysages irréels et macabres.
Macabres mais variés, en fait
Christian Death orne le malsain de différent visages : opéra donc, mais
aussi indus noir de chez noir sur « Tragicus conatus », pop goth à la
fausse naïveté corrosive sur « Venenum » (chanté par une Gitane Demone
envoûtante), goth-rock classique de la mort chrétienne sur un « Infans vexatio »
où cette fois c’est Rozz Williams qui prend le micro (sa dernière apparition
dans le groupe, voir note en fin de chronique), sans oublier le dyptique final « Mors
voluntaria / Vita voluntaria » qui passe admirablement de l’ombre à la
lumière, des cris désespérés aux nappes d’orgues éthérées, comme une montée
vers le Paradis après le supplice…
Titres de chansons en latin,
variété des structures et des styles qui tous reviennent pourtant au sacré,
iconographie religio-erotico-mortuaire de rigueur (et de toute beauté, l'artwork dégage une aura sensuelle et mystique) : on est bien dans la
tradition de Christian Death. Valor n’a pas chômé pour faire de cette compil’
un enregistrement valable, et il a parfaitement réussi. Car pourtant ce n’était
pas gagné de sortir un album cohérent et abouti à partir de chutes de studio
laissées de côté au fil de plusieurs années. De ce bricolage casse-gueule est
finalement née une œuvre authentiquement intéressante. Ce n’est pas non plus ‘Only Theatre of Pain’ ou ‘Catastrophe Ballet’ mais tout de même. Ce
‘Insanus…’ aussi varié qu’envoûtant est
une perle méconnue qui mérite l’attention, d’autant qu’il révèle sa richesse au fil des écoutes.
NB : on conseillera au
passage de rechercher en priorité le premier pressage de 1990 de chez Contempo
records. Pas pour la collectionnite-first-press-tavu-sucemonzob, mais pour la
version d’ « Infans vexatio » avec Rozz Williams… propre uniquement à
cette édition ! Y a-t-il eu problème de droits ou embrouille du genre ?
N’étant pas spécialiste de l’histoire de Christian Death je ne saurai le dire.
Mais les rééditions ultérieures ont été retouchées et la voix de Williams
effacée au profit de celle de Valor qui reprend le chant. Honnêtement les deux
versions se valent, mais tant qu’à faire autant profiter de l’ultime apparition
du chanteur historique au sein de Christian Death. Anecdote qui porte une
dernière touche improbable et chaotique à un album qui ne l’est pas moins.
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